Les cheveux ébouriffés, dans mon pyjama bleu aux manches bouffantes, je regarde atterré l’apocalypse régnant dans ma chambre. Chaussettes qui traînent à même le sol, tour de pise de papiers administratifs sur mon bureau…
La vision est macabre, seul solution une retraite stratégique dans mon salon. Je m’affale sur mon canapé et me saisit d’un paquet de chips datant de la veille. J’allume la télé et zappe jusqu’à tomber sur un bon vieil épisode de Colombo. Je dévore mes chips en savourant les répliques du policier à l’allure négligée, quand subitement l’image s'arrête.
Une journaliste apparaît l’air visiblement affecté et commence à débiter d’une voix stridente des informations ressemblant à un canular: « Madame monsieur, un Objet Volant Non Identifié a été observé à proximité de la Terre. De taille colossale, la chose se rapprocherait progressivement. »
Qu’est ce que c’est que ce micmac ? On est un premier avril ou je rêve? Je vérifie la date sur mon téléphone portable, il indique le dimanche 13 mars. Je regarde sur mon ordinateur, idem ! Je bondis de ma chaise, met la chaîne Une. A l’écran, l’image d’une soucoupe lisse et argentée apparaît.
« Madame, monsieur, si vous nous rejoignez maintenant, nous vous informons de l’arrivée imminente d’extraterrestres sur notre planète. Les passagers de l’OVNI ont fait parvenir un message aux Nations-Unies dont le contenu semble à sens unique et autoritaire.»
Réflexe de téléspectateur, j’avale encore quelques chips tout en dévorant chaque mot de la célèbre Claire Chabal.
« Tout en spécifiant qu’ils sont animés de bienveillance à notre égard, ils réclament une entière et pleine collaboration de l’ensemble de l'espèce humaine. Un post-scriptum a été ajouté au message: Sachez que nous sommes en mesure de faire disparaître la Terre sans en laisser la moindre trace. »
Ouh la ! Un hold-up planétaire !!! Je zappe frénétiquement sur toutes les chaînes. La soucoupe est immense. Mon cerveau ne comprend pas ce qui se passe. J’ai l’impression d’être un incas rencontrant pour la première fois un conquistador sur un cheval.
« Un protocole exécutif a été envoyé aux Nations Unies. La planète a été placée sous la tutelle des nouveaux arrivants. Chaque gouvernement est tenu d’organiser, selon un agenda strict une séparation de l’humanité en deux populations distinctes. Les individus dits de type S, dit Subversifs et les individus de type C, dit Collaboratifs.
Des cadres extraterrestres seraient sur le point d’arriver sur Terre pour former les autorités en conséquence. L’ONU recommande à l’humanité toute entière de rester calme. La population est priée de bien vouloir rester chez elle jusqu’à nouvel ordre. »
Je reste pétrifié, sans voix, ne sachant que faire. J’essaye de joindre mes proches par téléphone mais les réseaux sont saturés. Je regarde à ma fenêtre. Le chaos! Des militaires pourchassent des civils devenues fous. Les vitrines des magasins sont cassées par des pilleurs et des voitures flambent un peu partout. Tout à coup, quelqu’un frappe à ma porte.
Toc-toc-toc! Mais qui est-ce! Toc-toc-toc! Les coups sont de plus en plus insistants et mon coeur bat de plus en plus fort.
Au moment où je m’apprête à ouvrir la porte, deux armoires à glace me tombent dessus. Je me retrouve en moins d’une minute au sol, les menottes aux poignets.
Ce sont des policiers. Derrières eux, perdu dans un imper gris un petit homme apparaît. Il me regarde fixement à travers ses lunettes métalliques. « Monsieur, un mandat d’arrêt extraterrestre a été levé contre vous. L’analyse de votre profil a révélé de faibles dispositions à la collaboration. Vous êtes un Subversif !
- Quoi un S ! Mais attendez ! Sur quels critères vous basez-vous ! Je proteste ! Mon casier judiciaire est vierge, je paye mes impôts et je vis en honnête citoyen Monsieur !
- Une enquête approfondie a fait remonter à la surface vos antécédents scolaires. Votre carnet de correspondance de 6eJ, laisse apparaître un problème de fond avec l’autorité.
- C’est insensé! Personne n’est parfait ! A ce rythme-là, plus de la moitié de l’humanité doit se trouver en type S ! »
L’homme ne répond pas. Très à l’aise dans son rôle de collaborateur, il me regarde avec dédain.
Quelques instants après, je me retrouve menotté dans un fourgon avec à mes côtés d’autres Subversifs. Dans mon pyjama bleu je pense à mon avenir incertain. Mais que vont-ils faire de nous, que vont-ils faire de moi ? Des croquettes pour Martiens ?!
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